Catégories
Voyages

Sunset, Selfies, Amok

Ciel de braise et de velours. Les flammes orange lèchent les vagues. Kep s’enorgueille d’avoir le plus beau coucher de soleil de la côte cambodgienne. Après une journée chaude la légère brise est la bienvenue et rafraichit le corps et l’esprit. Il n’y a pas beaucoup de monde sur la terrasse du Samanea. Une jeune femme gracieuse aux traits fins et aux allures de fille khmère aisée est accompagnée d’un homme bien plus âgé aux sourcils brousailleux. Elle s’assied face au coucher du soleil et face à son compagnon. Mais ne regarde ni l’un ni l’autre. Elle commande un Coca Cola, lui une eau minérale avec beaucoup de glaçons. Il se penche sur le menu. Elle ne l’ouvre même pas. Elle ajuste son rouge à lèvres devant l’écran du téléphone qui lui sert de miroir.

Clic. Symbolique car il n’y en a pas. Prise de vue.

Bouche boudeuse. Clic

Surtout pas un sourire. Clic

Lèvres demi-ouvertes, sensuelles. Clic

Sa main ramène ses longs cheveux noirs de la nuque sur son épaule gauche et les lisse avec une série de mouvements saccadés. Clic.

Elle pose son Samsung ou Galaxy pour siroter son Coca à deux pailles. Son compagnon lui dit quelque mots. Elle hoche la tête et reprend contact avec son ami android.

Regard vers la droite. Clic

Regard vers la gauche, la tête légèrement penchée en arrière. Clic

Elle tire une mèche devantles yeux. Clic

La repousse derrière l’oreille, trois fois de suite. Clic

Le garçon amène les plats. Une fabuleuse spécialité khmère, l’Amok Trei, poisson au lait de coco et é la citronnelle cuit à la vapeur, imprégnés des saveurs subtiles de citronnelle et de galanga, relevé par le parfum du basilic thaï, de la coriandre et de la chaleur piquante du piment.

La jeune femme pose son écran debout devant le verre de Coca et pique ses bâtonnets dans la jolie papillote en feuille de bananier. Sans grand enthousiasme. Elle continue à se regarder. Ou serait-elle en train de se filmer ?

           Narcisisme moderne. Le spectacle pourrait d’ailleurs se passer dans n’importe quel autre pays.

Quel gâchis. Demain soir je prendrai un Amok.

 

IMG_1650

fullsizeoutput_36c5

 

Catégories
Voyages

A sept heures du mat le monde semble parfait

Kep –  7 heures du matin, 26°C. La marée ne change que toutes les douze heures environ. Quand elle est basse, on peut se balader très loin dehors, ce que les pêcheurs font tous les jours. C’est leur gagne-poisson!

Catégories
Voyages

Depuis quatre jours à Kep

Nous ne sommes pas à plaindre. Le Samanea Resort à Kep est un endroit de rêve. Ses bungalows se cachent dans un véritable jardin botanique. Cocotiers, frangipaniers, bougainvilliers, orchidées, hibiscus et au bord de la mer des mangroves. Et bien sûr des Samaneas, arbres parasols qu’on appelle aussi arbre à pluie.

L’accueil est chaleureux, le soleil aussi. La piscine nous raffraîchit à peine (l’eau a 32 °C). Les repas chatouillent nos papilles. Les couchers de soleil sont splendides.

Ah ! Il est vrai, nous sommes ici pour travailler. Pour l’instant il y a eu une prise de contact. Une visite de l’usine de ciment (mais oui il ne s’agit pas d’un projet humanitaire). Puis deux jours de congé ! Les responsables que nous devons rencontrer ne sont pas sur place! On en profite pour lézarder au bord de la mer ou à la piscine, boire des mojitos, goûter des spécialités, chercher l’ombre, visiter un temple ou un marché et…. faire des photos.

 

Catégories
Voyages

Phnom Penh

Quelques années avant 2000 nous avons été la première fois à Phnom Penh, capitale du Cambodge au croisement du Mékong, Tonlé Sap et Bassac. Une dizaine avenues étaient asphaltées en tout et pour tout. Il y avait beaucoup de vélos, de motos, de tuk-tuk et quelques rares voitures. Pratiquement pas de bâtiment plus haut que deux-trois étages.

Dix ans plus tard déjà moins de vélos, plus de motos et plus de voitures. Le trafic ressemblait à un désordre organisé. Les premiers buildings faisaient fureur.

2017 nous mettons plus d’une heure pour faire le trajet de l’aéroport en ville, auparavant c’était trente minutes. Cela dit déjà tout. Il y a même des Ferrari, Mercedes, Porsche et d’autres marques prestigieuses. Les tuk-tuk ont la vie dure et les motodops (moto-taxi) qui offraient leur service par milliers n’existent pour ainsi dire plus.

Le trafic reste un éternel chaos qui glisse dans toutes les directions sans pourtant former de bouchon important. Et les policiers sont plutôt contemplatifs. Les trottoirs servent toujours au stationnement et le piéton doit emprunter la route. Les buildings poussent partout, plus haut, plus haut vers le ciel. Les boutiques – plus ou moins de goût – pullulent. Et les femmes n’ont pas arrêté de se promener en pyjama. Les sculpteurs de bouddhas autour du Musée National  sont toujours là et ont même agrandi leurs shops. Les petites carrioles vendent toute sorte de fruits et sucreries.  Et autour du Palais Royal des variété d’insectes. Nous avons bu un jus délicieux chez Friends. Le Quai Sisowath ne s’est pas débarrassé de ses chantiers et à côté les groupes de gym font toujours leur « workout ». Les bonzes orange déambulent sans se presser.  Le Mékong est haut et lazy.

Signe de mutation, le « White Building » de Vann Molyvann, un bâtiment emblématique du centre a été détruit tout récemment et sera remplacé par une tour moderne de 21 étages, plutôt luxe donc pas destiné à la même population.

Résultat de recherche d'images pour "white building phnom penh"
Le White Building en nature
IMG_1569
Le White Building en hommage artistique, un beau tableau découvert à PP

Quelques gouttes confirment que c’est la saison des pluies.

Quand on revient dans une ville après quelques années cela donne un peu le blues mais l’énergie et la joie de vivre des gens vous remettent vite au diapason.
Demain matin nous partirons à Kep où nous resterons presque trois mois….

 

Catégories
Voyages

Trois paires de souliers

Incroyable, le nombre de statues en bronze que vous rencontrez dans le centre de Skopje. Des monumentales, trois mètres de haut, voire plus qui font penser à l’Union Soviétique parfois. Hommage aux personnalités ou événements historiques, des lions, des taureaux, des scènes de vie. Si le regard fait un tour de 360° sur la grande Place Macédoine au bord du fleuve Vardar, il en compte facilement 200. Art, artefacts, artifice? En tout cas les sculpteurs de la ville n’ont pas chaumé ses dernières années car c’est depuis environ dix ans que la municipalité anime le centre de cette manière. Une façon d’offrir un plus au touristes, de se donner un air de capitale.

Il y en a à la pelle le long du fleuve et sur les ponts.

fullsizeoutput_3330

Je vous épargne les colosses. Mais voici trois que j’ai bien aimé. Surtout la scène devant le musée de l’Holocauste, un couple désemparé avec deux valise et trois paires de souliers, souvenir de ceux qui ne sont plus là. Traitement délicat du sujet.

fullsizeoutput_32dd

Un vendeur de billets de loterie (1981) dans un musée. fullsizeoutput_334f.jpeg

fullsizeoutput_3357

 

Catégories
Voyages

Skopje

Qui pense à faire du tourisme à Skopje, la capitale de la Macédoine ? Je suis là depuis une semaine, pas pour le tourisme mais pour du travail. J’aide une petite entreprise à améliorer sa communication et son marketing. Le contact est bon, on avance pas mal et je suis contente. Alors je prends aussi un peu de temps pour visiter la ville.

Fondée au 1er siècle, la ville a eu une histoire tumultueuse. Aujourd’hui elle se caractérise par une architecture variée (voire hétéroclite), comprenant plusieurs témoignages de l’occupation ottomane ainsi qu’un important ensemble de styles dépareillés édifié après le séisme de 1963.

Le centre-ville vit depuis la fin des années 2000 une vaste opération d’urbanisme, destinée à lui donner un visage plutôt monumental et affirmer son statut de capitale nationale! Opération controversée car pour beaucoup d’habitants il y a d’autres urgences qu’édifier des bâtiments pompeux et d’ériger des centaines de statues gigantesques et bon nombre de fontaines.

J’ai marché dans la zone piétonne, visité le mémorial de Mère Térésa, un enfant de la ville. J’ai flâné le long du fleuve Vardar bordé de bâtisses impressionnantes, musées et théâtres. J’ai pris un café turque avec deux baklava (vive les calories!) dans le vieux bazar de l’autre côté du fleuve qui a été épargné par le séisme. Puis j’ai visité le musée d’art, installé dans le Hamam Daut Pashim du 15ème siècle après sa reconstruction. Un projet que je trouve plutôt réussi. Il y a surtout des oeuvres du 20ème siècle même si la panneau promet des plus anciennes aussi.

Quand on quitte le centre, l’état de la ville laisse à désirer. Maisons et locatifs sont souvent dans un triste état, les trottoirs sont défoncés et servent de parking pour les voitures. Qu’à cela ne tienne. Le soleil est de la partie.

fullsizeoutput_32d4Le musée historique au bord de la Vardar.fullsizeoutput_329eLe bâtiment en verre est un musée de l’holocauste.fullsizeoutput_32d0A  l’intérieur du musée « hamam »fullsizeoutput_326fUne autre salle dans le même muséefullsizeoutput_3260L’ancien hamam de l’extérieurfullsizeoutput_32ccPlusieurs coins dans le Vieux Bazarfullsizeoutput_3259

fullsizeoutput_3256

fullsizeoutput_3255

fullsizeoutput_3254

fullsizeoutput_32c5

fullsizeoutput_32a6Des statues devant le théâtre qui a rouvert ses portes il y a quelques années seulement.fullsizeoutput_32a8

fullsizeoutput_32a4

fullsizeoutput_328cEt encore dans le musée « hamam »IMG_3508

fullsizeoutput_3277

fullsizeoutput_3264Gitane buvant du café de Nikola Marinoski (1928)fullsizeoutput_325c

fullsizeoutput_3249

fullsizeoutput_32c4

Version 2

fullsizeoutput_32bbLa chapelle dans le mémorial de Mère Térésafullsizeoutput_32b8

fullsizeoutput_32b3

fullsizeoutput_3225

fullsizeoutput_321e

fullsizeoutput_3220

fullsizeoutput_3223

fullsizeoutput_321c

fullsizeoutput_320e

fullsizeoutput_320a

fullsizeoutput_3217

fullsizeoutput_3258

Catégories
Histoires

Colère et tristesse

Mon cher Papa,

1996, cela fait un ans que nous t’avons enterré et aujourd’hui j’ai envie de te parler dans l’au-delà. Je veux enfin régler ce conflit non maîtrisé qui ne m’a jamais laissé tranquille. Un conflit entre toi et moi qui me pèse encore. Je ne t’en ai point parlé, je n’ai pas osé. Par pudeur, par respect, par lâcheté ? Pourtant j’ai imaginé notre discussion maintes fois.

Laisse-moi revenir sur un passé lointain.

En 1968 Pierre, notre bébé et moi habitions chez vous à la maison. Vous nous aviez offert votre aide et aménagé un petit appartement chez vous, alors que nous étions plutôt dans la dèche. Lorsque tu passais quinze jours de vacances avec maman à San Remo, Pierre s’est fait licencier à l’hôtel où il travaillait. C’était une période de récession. Contre toute attente, il a immédiatement trouvé un nouveau travail dans une ville à 100 km de chez nous.

Quand vous êtes rentrés et que nous vous avons expliqué la situation, licenciement, nouveau travail, déménagement en vue, tu t’es mis en colère en disant « Licencié ? Bah, vous avez fait exprès, vous avez tout arrangé à l’avance, rien que pour déménager, nous quitter et nous priver de notre petit-fils. »

Cela m’a fait très mal. J’ai essayé de te calmer et de te convaincre de la véracité de notre situation. « Si tu ne me crois pas, s’il-te-plaît, papa, téléphone à l’hôtel. Le chef des ressources humaines confirmera les faits. »

Résolument fâché ta réponse fut un NON catégorique. Tu m’as tendancieusement dépeinte comme une menteuse sans vouloir vérifier mes dires.

Avec chaque jour l’atmosphère est devenue plus venimeuse. Je me suis murée dans le silence. Huit semaines plus tard nous avons déménagé. Pendant deux mois vous n’êtes pas venus nous voir. Puis c’était « rien que pour voir le petit ». Tu nous as fait sentir ton indignation teintée de mépris. En partant tu as même glissé deux billets sous le vase à fleur dans l’entrée « s’est pour le repas ». C’était si humiliant. Ma révolte d’avoir été traitée de menteuse ingrate s’est profondément ancrée en moi. Elle a posée un voile sur mon amour pour toi et sur la gratitude que je ressentais envers vous, mes parents. Mais je me suis tue. Pourtant je n’étais jamais timide.

Les années ont passé, avec le temps ta colère s’est tassée. La mienne aussi. Nous avons fait avec. Ultérieurement nous avons déménagés plusieurs fois, toujours un peu plus loin. Vous êtes venus nous voir, les enfants passaient les vacances chez vous. En apparence la relation était normale, voir bonne, n’empêche qu’une ombre grise a toujours plané sur mon âme. Peut-être pas sur la tienne qui était probablement en paix.

Dix-huit ans après, maman était déjà décédée, tu es venu passer deux semaines chez nous. Les enfants étaient heureux, ils t’aimaient beaucoup. Et moi, j’avais presque oublié le malheureux incident du début de notre mariage. Presque ! Voilà que tu me sortais un après-midi « Tu te souviens, quand Pierre s’est fait licencier de l’hôtel et que vous avez déménagé ? » Je m’en souvenais certainement. « Je voulais simplement te dire qu’à l’époque j’ai effectivement appelé l’hôtel et parlé avec le directeur des RH. Il m’a confirmé le licenciement de Pierre. »

Abasourdie, je sens ma vieille révolte remonter, plus forte encore qu’à l’origine. Pendant dix-huit ans tu as su que tu m’avais injustement traitée de menteuse, de traitresse. Dix-huit ans d’incertitude, de mal-être, de relations imperceptiblement endommagées – pour rien.

Je t’ai demandé pourquoi tu ne m’avais pas dit cela à l’époque et j’ai ajouté que cette histoire m’avait tellement troublée et rendue malheureuse pendant toutes ces années. Tu as haussé les épaules en disant que maintenant c’était fait. Pas un regret, pas un geste de désolation. Là-dessus les enfants sont rentrés et ont accaparé leur grand-père.

J’ai ressenti une grande envie de t’expliquer ma colère et ma tristesse. Je ne l’ai pas fait. Je voulais que tu comprennes combien ton attitude m’avait blessée, d’abord par la réaction à l’origine de l’histoire, ensuite par le fait de ne jamais avoir clarifié les choses, de ne jamais nous avoir dit que nous n’étions pas « ces ingrats » comme tu nous appelais au début. Je ne l’ai pas fait. Dix-huit ans tu nous as laissés dans l’incertitude et fait porter le poids d’une décision que nous n’avions pas prise. La réticence inexprimée qui a pesé sur mon cœur s’était presque dissoute quand tu l’as soudainement ravivée. Quel gâchis. Encore une fois je n’ai pas trouvé le courage de t’affronter.

Peu après ta santé s’est détériorée. Chaque fois que je venais te voir je voulais te parler. Pierre m’en a dissuadée. Pourquoi veux-tu le harceler avec ces vieilles histoires, me disait-il. Mais pour être en paix avec lui!

Aujourd’hui et vu d’ici cela a presque l’air d’une bagatelle, d’un fait divers. Je te vois sourire sous un « mais ma chérie c’est oublié depuis longtemps ». Saches que j’ai vécu les choses différemment et que je ressens toujours ce besoin de partager ma perception, ma rage et mes émotions pour enfin faire la paix avec toi, même posthume. Maintenant mon âme pourra retrouver sa sérénité. Je me sentirai mieux. Pardonne-moi de ne pas avoir su épancher mon cœur de ton vivant.

Je t’aime, papa. Mathilde

 

 

Catégories
Histoires

Pas besoin de vous expliquer qui a mes faveurs

Nous avons aménagé dans la maison avant-hier. Elle est presque finie. C’est l’hiver et le reste des travaux, surtout extérieurs, attendront le printemps. Le terrassement autour de la maison a été fait, très vite fait à la dernière minute. Je descends la marche qui mène dans le jardin encore utopique, bordé de sapins. Au fond il y a une petite maisonnette en bois, le sauna, ridicule ! J’espère que papa fera planter des cyprès. On se sentira un peu plus chez nous. Mais y survivront-ils ? J’ai des doutes. Moi non plus, je ne vais pas survivre.

Mes pieds chaussés de grosses bottes brunes rembourrées s’enfoncent dans la neige qui a recouvert la gadoue gelée d’une épaisse couche de crème fouettée.

Elle est belle, cette nappe blanche mais fidèle à mon principe je n’aime pas la neige. Je n’aime pas le froid et encore moins ce pays. Je me demande d’ailleurs ce que nous y faisons ? Papa n’aurait jamais dû accepter ce job. Cela le fait monter d’un cran dans l’hiérarchie de l’entreprise. Foutaise !

La nostalgie de l’Italien me prend à la gorge, me serre la poitrine. J’enfonce mes poings dans les poches de ma veste matelassée. J’ai envie de pleurer mais mes larmes risqueraient de geler. Il fait –15 °C. Ma Toscane me manque. Je me sens déraciné, enchaîné dans une belle maison, enfin qui sera peut-être belle un jour. Mais j’ai décidé que je ne m’y sentirai jamais chez moi. Maman, pourquoi ne t’es-tu pas opposée à cette idée de venir habiter dans un tel pays barbare? Une chance inattendue pour toute notre famille, disais-tu avec un sourire malicieux ou était-il triste ? Connaître un autre pays, apprendre une autre langue, s’ouvrir au monde. Moi, avec mes douze ans, je n’en ai rien à faire. Mes anciens copains me suffisaient amplement. Je n’ai vraiment pas besoin de m’en trouver d’autres. Je ne suis pas un gitan.

Nous étions très bien dans notre petit village. La vie était belle et douce et on ne manquait de rien. Il n’y avait donc pas urgence. Vous auriez pu attendre que je sois grand et puisse décider pour moi-même. C’est-à-dire rester ! Ou alors vous auriez pu choisir un pays plus commode, le Brésil ou le Mexique, par exemple – oui ! Un pays où il fait chaud. Où le soleil ne se couche pas à quinze heures trente déjà. La Norvège, brrrh ! Le froid vous glace le sang, vous givre l’âme, vous crispe les pensées, il tambourine sur vos os, il vous fige de haut en bas. Le ciel affiche un bleu d’acier menteur, l’air vous paralyse.

Assez, je sens que mon nez est déjà rouge. Je rentre boire un chocolat chaud et ce soir je regarderai le match Italie – Norvège. Pas besoin de vous expliquer qui à mes faveurs.

 

Catégories
Voyages

Ce que j’aime dans les voyages, c’est l’étonnement du retour.

J’aime cette phrase de Stendhal. Le voyage a beaucoup de facettes et le retour en fait partie intégrale. Quand nous revenons après un séjour sous d’autres cieux, nous apprécions mieux ce beau pays qu’est la Suisse et notre vie ici. Nous portons un nouveau regard sur tout, un regard frais et imbibé d’étonnement.

Dès lors pourquoi ne pas inclure notre pays dans les voyages ? Surtout que, tandis que nous somme ici « à la maison », Lausanne et ses environs constituent peut-être un but de voyage pour bien d’autres personnes.

Aujourd’hui j’ai envie de partager avec vous une balade hivernale dans le Bois de Sauvabelin sur les hauts de Lausanne. Nous sommes en décembre, il fait 3 °C, la neige fait encore défaut mais le soleil, les ombres et le givre donnent une belle touche à la nature.

Catégories
Histoires

Lola et sa Calla

Lola est frustrée devant la page blanche, elle se sent incapable, nulle, découragée, au prises de son angoisse. Pourtant ce rectangle vierge l’attire. Elle adore écrire mais il faut franchir le premier pas, la page blanche. Pour apprivoiser son appréhension elle lui a donné un autre nom. Elle l’appelle Calla, au nom de cette magnifique fleur blanche immaculée, élégante et noble que son ami jardinier-clown Osolemio cultive dans sa grande serre et dont il lui apporte parfois de beaux bouquets.

Qui plus est, elle n’est même pas devant une vraie page blanche, ni un papier satiné et doux, ni un bloc quadrillé de lignes grises ni un des nombreux cahiers qui dorment encore dans une armoire. Non, il s’agit d’une page blanche virtuelle, de sa Calla Mac, Word pour ne rien vous cacher. Depuis des années elle n’a plus écrit à la main. Sa belle écriture bien arrondie de l’époque en a souffert. Mais elle est une personne pratique et les corrections, modifications ou remodelages sont tellement plus aisés à l’écran. Ecriture, rectification, suppression, mise en page, il suffit d’appuyer sur quelque touche au lieu de biffer, raturer, barrer, gommer, voire déchirer et recommencer.

Tout cela ne lui enlève pourtant pas le malaise de la page blanche. Alors que sa Calla lui fait tout de suite penser à la nature, à la beauté, à la perfection.

Commençons donc. Pour chaque thème Lola aime bien imaginer d’abord un titre qui parle, quitte à le changer plus tard.

Cela lui vient assez facilement mais ensuite elle se trouve face au néant. Elle regarde par la fenêtre, le soleil de novembre illumine les feuilles rouges et jaunes des arbres sur la colline. Elle mâchonne son crayon. C’est une habitude qu’elle a gardée de sa vie précédente. Elle y a toujours recours, surtout depuis qu’elle ne fume plus. Lola a toute une série de crayons, les uns plus vilains que les autres.

Et elle regarde sa Calla. Les mots se bousculent dans sa tête, des mots sans queue ni tête. On dit que les premières lignes sont déterminantes, elles éveillent la curiosité ou, au contraire, font naître la crainte que la lecture soit une corvée.

La première phrase n’est pas bonne. Clique clique – à la poubelle.

Au secours, mon crayon ! La phrase renaît plus colorée, un peu aguicheuse, pas mal. Elle compose un premier paragraphe. Et elle se trouve coincée. Relit. Mâchouille. Relit. Non, cette entrée en matière n’est pas la bonne.

Elle quitte son coin écriture et va à la cuisine. Elle se prépare un café. Noir, court et sucré. Le téléphone sonne. Son amie Margot.

– Margot, tu me sauves, je suis bloquée au début de mon histoire.

– Tu m’étonnes ! Change de sujet.

Et Margot lui parle de sa fille Elodie qui a rencontré un homme (encore !) mais cette fois-ci c’est le bon (ah, c’est pas la première fois). Et elle parle, parle, parle.

D’abord Lola écoute distraitement. Puis elle dresse l’oreille. Elle avale son café devenu froid et se met à mâchouiller son crayon. Elle devient plus attentive aux délires de la fille de Margot. Tiens et si un nouveau sujet pointait au bout du fil ? Façon de parler, il n’y a plus de fil.

Après trente minutes elle se disent au-revoir.

Lola retrouve son ordinateur et sa Calla. D’une main rapide elle efface tout et recommence à zéro. L’histoire d’Elodie, les lettres se précipitent pour former des mots, des phrases, des couleurs et des musiques. Elle brode, imagine, invente. Elle bâtit, peaufine, effrénée. Elle roule et elle danse. Sa Calla se noircit. Sa frustration s’évanouit et son hésitation se mue en enthousiasme.