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Partir ou rester?

La Baie des Cochons   Avril 1961 – Le débarquement à la Baie des Cochons, invasion militaire de Cuba par des exilés cubains soutenus par les Etats-Unis. Environ 1’400 exilés cubains recrutés et entraînés aux États-Unis par la CIA  débarquaient dans le but de renverser le gouvernement de Fidel Castro. L’opération fut un échec complet.

 Playa Larga   Mars 2016 – Le village tranquille s’étire le long de la large plage de sable située sur la Baie des Cochons. La plage est très populaire et agréable. La flore et la faune de la région sont d’une grande richesse.

 Notre rêve   Après un mois dans un appartement exigu à la Havane nous n’avons qu’une envie: Une chambre avec vue au bord de la mer.

La révolution   Des petites maisons plus ou moins entretenues. Beaucoup ont le signe de la « casa particular » sorte de chambre d’hôte. Les chambres côté mer sont toutes prises. De l’autre côté de la route en terre battue il y a une deuxième rangée de petites maisons simples, entrecoupées de temps en temps par un terrain vague ou un semblant de chantier. L’éternel signe du genre « Révolution  – liberté, égalité, sécurité» ne manque pas. Cela fait cinquante six ans. Ne pourrait-on pas rayer le R de révolution ?

Casa Bertica   Quatre vieilles chaises à bascule sur la petite place d’entrée qui n’est pas vraiment une terrasse. La porte de la maison est grande ouverte. Deux jeunes Allemands boivent une bière, discutent et rient. Y a-t-il encore de la place? – Oui! La casa compte deux chambres d’hôte.

Déception   La petite chambre est sombre. Un lit, un néon au plafond, une étagère, un ventilateur, devant la seule fenêtre un rideau en polyester bleu azur. Le même bleu azur recouvre le grand lit. Cela ne remplace pas le bleu de la mer des Caraïbes. Il est déjà tard et nous décidons de rester, un peu à contrecœur:   “mais pour une nuit seulement”.

Bertica   La peau basanée  le visage rond, les yeux rieurs, un T-shirt jaune citron qui moule sa poitrine impressionnante, des leggings tendus sur les cuisses bien bondées, Bertica ouvre les bras et nous embrasse. Elle respire la bonté, la générosité et la joie de vivre. La trentenaire, une boule d’énergie, est laborantine.

Noël   Grand et plutôt mince, la mine béate, il écoute tranquillement bavarder sa Bertica et place un mot de temps en temps, en espagnol évidemment. « Je vais prendre des cours d’anglais . » Noël est ingénieur agronome.

Le dîner   Le soir Bertica et Noël se muent en employés d’hôtel : jupe et pantalon noir, blouse et chemise blanche, petit gilet noir. Cela donne une certaine classe au service !D’abord une soupe, puis des bananes rôties. En plat principal une langouste avec riz et légumes. (Un de leurs amis est pêcheur. Aha !) Excellent le tout. On se régale.

On se sent bien   La pièce sert d’entrée, salon et salle à manger. La porte qui mène sur la rue est fermée à cause des moustiques. Le ventilateur vrombit. Au milieu une grande table, comme à la maison. Avec le jeune couple qui occupe l’autre chambre nous sommes quatre et avec les propriétaires on mélange l’allemand à l’espagnol et au français. Causeries, discussions et rires. On se sent bien.

La vie difficile   Chaque Cubain vous le dira. Le salaire moyen est de 40 à 50 Euro par mois, ce qui est absolument insuffisant. Beaucoup de Cubains ont deux ou trois jobs. Bertica et Noël ont décidé d’abandonner leur profession et de se consacrer au tourisme. Ils ont le charisme et le charme tout adéquat. Il y a deux ans ils ont commencé avec une chambre, un drap, une couverture, deux assiettes, deux tasses et deux verres. La chambre coûte 20 Euros la nuit et ils payent 20 % d’impôt. Ils économisent chaque peso et aujourd’hui ils ont plein de projets : peindre la façade, construire devant leur maison une vraie terrasse avec une pergola. Ajouter des salles d’eau privatives. Agrandir la cuisine. Cela prendra quelques années.

La soirée   Noël a aligné une dizaine de bouteilles. Il n’y a pas que du rhum ! Il suit un cours de barman et s’entraine avec ses hôtes à la maison. Un Mojito ou une Piñacolada ? Un Marguerita ou un Daiquiri ? Va pour le Mojito. On sort tous sur la pseudo-terrasse. Il n’y a plus de moustiques. L’air est frais et agréable. On se laisse aller aux rêveries. Les chaises à bascule nous font tanguer. Un groupe de cinq musiciens passe, celui avec la guitare joue trois mesures, nous lance un  « vienes bailar » avec un rire sonore.

Guantanamera   Les musiciens s’installent devant une casa voisine. Le propriétaire les a invités à jouer et bientôt les rythmes allant de la salsa à la rumba inondent la nuit.Un guïra, sorte de râcloir en forme de cône, les maracas, les claves, les congas, une ou deux guitares. Avec Bertica et Noël nous les rejoignons, dansons dans la rue éclairée par la pleine lune et une petite loupiote. Noël me montre quelques pas de salsa. Je lui marche sur le pied. Rire. Guantanamera ne manque jamais dans le programme des musiciens de rue.

Le petit déjeuner   Le lendemain matin : « puisque vous rêvez d’être au bord de la mer » Bertica nous sert le petit déjeuner sur la plage en traversant le jardin des voisins. Elle amène une table, une nappe, deux  chaises, un mini vase avec une fleur et un parasol. La mer caresse paresseusement le sable blond.  Un chien passe par là et nous regarde. Un oiseau chante. Le café est délicieux et accompagné de pain, fruits frais, omelette et pancakes. Nos cœurs battent au rythme des vaguelettes. Nous sommes aux anges.

Partir ou rester ?   Nous restons quatre jours. La gentillesse et l’accueil chaleureux de ce couple compensent largement le fait de ne pas avoir une vue imprenable sur la mer.

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Faites tomber tous les murs du monde

Arabie saoudite   Botswana  Chine   Corée du Nord   Egypte   Espagne  Etats-Unis   Grèce  Inde   Iran  Irak   Israël   Koweit …

La liste est loin d’être complète et ne sert que d’exemple. Exemple de tourisme? De culture? De géopolitique? Non – tous ces pays ont construit un mur pour se protéger de l’intrusion de leurs voisins.

Les raisons?

Anti-terrorisme

Anti-migration

Anti-trafic de drogue

Contrôle de circulation

Pourquoi personne ne parle d’anti-humain?

Employée tout au long de l’histoire, la pratique des murs de séparation s’est multipliée au début du XXI° siècle. Juste après la chute du Mur de Berlin. LE MUR! Mur de la honte, vue de l’Ouest. Mur de protection antifasciste, vue de l’Est. Contrairement aux murs qui s’érigent maintenant, celui-ci tentait de retenir la population à l’intérieur, de mettre fin à l’exode de l’Allemagne de l’Est vers l’Ouest.

Pendant 27 ans un peuple était divisé par 150 kilomètres de béton doté de miradors, de barbelés, de lumières aveuglantes, ceinturé de no man’s land. Une ville coupée en deux, des maisons appartenant pour une moitié à l’Est pour l’autre à l’Ouest, des familles séparées, des tragédies écrites au nom d’un système.

Le Mur de Berlin, symbole du clivage idéologique et politique de la guerre froide.

Check Point Charly, Brandenburger Tor, Bernauer Strasse, la gare Friedrichsstrasse (le palais des larmes) Unter den Linden – des places mythiques.

Combien de personnes ont essayé de traverser ce mur? Par le haut, par le bas, par toutes les ruses. C’était de la haute voltige. Et on ignore toujours le nombre de victimes qui ont payé par la vie leur soif de liberté, leur désespoir, leur courage.

9 novembre 1989

Dans l’après-midi le porte-parole du gouvernement de la RDA annonce dans une conférence de presse:

« Des voyages à l’étranger peuvent dorénavant être sollicités sans conditions, sans motif, sans relations familiales particulières. L’autorisation sera octroyée à court terme, Entrée en vigueur immédiate. »

Il s’agissait en fait d’une proposition à traiter par le parlement et pas encore d’une ordonnance, d’un décret du gouvernement. Cette « erreur d’interprétation » a donné le coup d’envoi pour des dizaines de milliers d’Allemands de l’Est à se précipiter aux postes frontières. L’expression allemande pour ‘coup d’envoi’ est ‘de Stein ins Rollen bringen’, faire rouler la pierre. Elle n’a pas tardé à rouler, cette pierre. La nuit a vu la Chute du Mur de Berlin.

Des milliers de personnes s’accumulent aux passages à l’Est

Les garde-frontières ne sont au courant de rien

N’ont pas reçu d’ordre

Ne contrôlent plus la situation

Pris de court, impuissants, submergés

Ne résistent pas à la pression

N’utilisent pas leurs armes

Dieu seul sait pourquoi

Ils ouvrent des brèches

Laissent passer les foules

Et passent avec

Un flot interminable de jeunes, de vieux, d’enfants

Perplexité, surprise, espoir, étonnement, bonheur, chaos, euphorie, folie

L’Ouest est synonyme de pays de cocagne.

19h05 « La RFA ouvre les frontières » avec cette phrase toutes les radios et tv Ouest allemandes interrompent leurs émissions.

Les Berlinois de l’Ouest se lancent en direction du Mur

Tout Berlin court

Les foules attendent

Dans la joie, dans la peur

Innombrables, agglutinés, incrédules ou convaincus

Attaquent le Mur à coup de marteau

Jusqu’au matin une marée humaine déferle

Toujours dans la même direction.

Elle est accueillie les bras ouverts

Larmes, rires, cris, effondrements, embrassades, émotions

Expectatives, espérances, liberté, libération

On danse sur le mur, au Pariser Platz, sous la Port de Brandebourg

Toute la nuit la Kurfürstendamm est une seule fête.

 

Au nom de la liberté, faites tomber tous les murs du monde, faits de pierres, de barbelés, d’incompréhension et d’indifférence.

Remplacez les par l’amitié et l’amour.

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La balançoire

Déjà au temps très très lointain quand notre planète s’appelait encore Emeraude, les enfants aimaient jouer et s’amuser. A cette époque il n’y avait pas de jouets mais d’énormes balançoires dans les arbres, qui étaient verts émeraude et beaucoup plus hauts que ceux que vous connaissez aujourd’hui. Ces escarpolettes étaient le passe-temps favori de tous les enfants.

Lunesco, un petit garçon espiègle, était de loin le meilleur, le plus hardi aussi. Il allait haut et toujours plus haut. Il aurait aimé voler. Alors un jour qu’il était à nouveau bien plus haut que ses camarades, il se projeta dans l’air et fut attrapé par le vent qui le fit pirouetter, monter et virevolter avant de le déposer comme une plume sur un nuage. Ah, ce que c’était magnifique. Il regarda la planète Emeraude, ses camarades pointèrent vers lui, ils rirent et crièrent. Toute la journée Lunesco s’émerveilla à contempler les forêts, les rivières, les montagnes, la mer, les falaises et les petits villages aussi. Il n’y avait pas encore de villes, ni de routes, ni de voitures.

Mais le soir venu, Lunesco ressentit une grande fringale et quand le soleil tomba dans la mer, il frissonna. Il décida de retourner en bas pour retrouver ses parents, son lit et un bon petit repas. « Ramène-moi chez moi » demanda-t-il au vent.

Sa maman lui fit un doux baiser. « Tu es trop téméraire, mon Luno, soupira-t-elle, un chenapan, un vrai petit aventurier. Ne me fais plus jamais ça, petit loup, j’ai eu tellement peur pour toi » et elle lui prépara une belle omelette.

Tout en avalant son plat préféré, le garçon, les yeux brillants, lui raconta toutes les choses merveilleuses qu’il avait vues depuis son nuage. Puis il s’endormit toujours avec cet immense sourire sur sa frimousse. De quoi pouvait-il bien rêver?

Le lendemain Lunesco grimpa sur sa balançoire. « Juste un petit peu, maman » chuchota-t-il, même que sa maman ne le vit pas, elle était partie dans la forêt pour ramasser des baies. Il se berça doucement, puis donna un petit coup et un autre plus vigoureux pour aller plus fort à toute volée. Il se sentit léger, tellement léger qu’il voulut essayer de voler encore une fois. Juste une fois !

La balançoire faisait son aller-retour, devint plus lente, brimbalait, swinguait doucement et finalement s’immobilisait. Plus de Lunesco.

Ses camarades le virent monter dans le ciel. Devenant toujours plus petit il ne s’arrêta pas sur le nuage mais continua plus loin. Il ne fut plus qu’un petit point puis disparut.

Sa maman était revenue de la forêt et personne n’osait lui dire que son petit garçon avait disparu. Mais le soir, quand tout le monde regardait la lune qui montait dans le ciel, cette lune qui avait toujours été lisse et brillante, ils y reconnurent le visage de Lunesco. Ils le voyaient rire, donc il devait être heureux.

Une année plus tard, par étoile filante interposée, Ludo invita sa maman sur la lune. Après de longues hésitations seulement, elle se décida d’utiliser la balançoire pour son départ. La maman est restée loin d’Emeraude pendant une année entière et quand un jour elle est revenue, elle était plus belle qu’avant. Ses yeux brillaient, son regard était lumineux et sa démarche gracieuse. Elle avait quelque chose de surnaturel, quelque chose d’ailleurs…. Les gens l’appelaient alors « Soleil ». Elle ne parlait à personne de son séjour lunaire mais pour le reste de sa vie ce grand sourire qu’ont seulement les gens heureux n’a jamais quitté son visage.

Vous avez certainement déjà aperçu Lunesco un soir de plaine lune. Et si plus tard les hommes sont allés sur la lune sous prétexte d’explorer cette petite planète, dites-vous bien qu’en réalité ils cherchent tous ce petit garçon téméraire. Or, le coquin se cache et il s’est probablement construit une magnifique balançoire depuis bien longtemps.

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A l’ouest de la vie, à l’est de l’éternité.

 

Victor est parti. L’infirmière m’a apporté mes médicaments et je me suis couchée un moment. J’avais besoin de repos. Mon 90° anniversaire n’a pas été la grande fête que j’avais imaginée mais ce n’est pas grave. Je n’étais vraiment pas en forme pour voir du monde. Seul Victor est venu me tenir compagnie et a mange avec moi. Cela m’a fait grand plaisir même si je n’ai rien pu avaler. Je sais que je suis parfois méchante avec lui et qu’il ne le mérite pas. C’est mon tempérament et bien qu’il ait passé 60 ans, on n’y change plus rien.

Maintenant je suis debout à la fenêtre et me sens bien, toute légère. Une douce chaleur m’enveloppe, cela fait du bien à mon dos et à mes jambes. Les douleurs se sont volatilisées. La morphine ? Qu’importe, je revis.

Dans le champ ensoleillé qui jouxte la maison il y a les vaches, j’adore le son de leurs cloches qui a bercé mon enfance.

Tiens – je frotte mes yeux pour y voir clair – on a mis dans ce champ la piscine de ma maison à Téhéran. Ah, ça, c’est une belle surprise d’anniversaire.

Tous mes vieux amis sont rassemblés. Même ceux que je croyais déjà morts. Ils ont apporté d’énormes bouquets de fleurs. Il y a des roses blanches que j’adore et les tournesols que Johnny aime tellement. Quel tableau magnifique !

Là sous le cerisier, je vois la Mercedes grise de Madame Kaiser. Elle n’est pas décédée ? Non, elle en descend à l’instant, impeccable dans son nouveau tailleur Chanel. Véra est avec elle, très élégante, elle aussi. Un modèle de Léonard, je parie ! Elles seraient venues exprès de Berne ? En voiture ? Une folie. Elles auraient dû prendre l’avion. Mais pourquoi ont-elles amené Mademoiselle Wagner, l’institutrice de l’école primaire dans sa robe gris-souris. Je n’ai vraiment pas besoin de cette chipie.

Ah, je ne crois pas mes yeux. Même le Shah Reza Pahlavi s’est déplacé avec la belle Farah Diba pour me souhaiter bon anniversaire. En habit d’apparat blanc et or, quel honneur ! Ils sont accompagnés de quatre serviteurs qui portent une caisse de champagne et des corbeilles de dattes et fruits exotiques. Ils sont entourés d’une impressionnante brochette d’ambassadeurs, tous en uniforme comme dans les années soixante. Je crois rêver.

Ha, derrière il y a Rashid le jardinier en tablier vert et chapeau de pailles. Ses bras sont chargés d’énormes branches de Bougainvilliers roses. Pourtant il sait parfaitement que je préfère les blanches…

Et puis Mohamed le cuisinier en veste blanche qui sied si bien à sa peau basanée. Il aurait pu mettre une nouvelle toque, elle a une grosse tache jaune à droite qui doit dater du curry de midi. Si je ne m’occupe pas de tout …

A gauche sous le palmier il y a un petit groupe de musiciens qui commencent à jouer « Happy birthday » et tout le monde chante en agitant des petits drapeaux suisses.

Je suis émue, éblouie, émerveillée. J’ai envie de pleurer de joie. Il y a longtemps que je n’ai pas été aussi heureuse. Je dois absolument raconter tout cela à Victor demain. D’ailleurs, pourquoi n’est-il pas là. ? Et son frère d’Amérique manque aussi. Toujours en vadrouille, ces gamins.

Chut ! Chut !

Quelqu’un m’appelle…

Johnny ? C’est toi, Johnny ?

Ça fait si longtemps.

Oh mon amour,

Attends-moi, je viens.

 

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Pomme ou pas Pomme

– T’es pomme! dit la pomme à la poire.

–  Mais non, ma très chère, je suis poire.

–  Peut-être bien, mais t’es pomme quand même. Regarde-toi. Toute ronde, tu n’as pas du tout une forme d’amphore comme il se doit pour quelqu’un de ton peuple. Et puis ta peau est fine comme la mienne, tes joues sont rouges. T’es sûre que nous ne sommes pas sœurs?

La poire fait l’indifférente, faut montrer à cette bécasse de pomme, une Jean-Jacques Goldman si je ne me trompe, que je suis au-dessus de ces insinuations improbables.

Un petit garçon qui ressemble à Mickey gambade à travers la pièce, celui-là même qui a cueilli les fruits ce matin. Il s’arrête sur une pirouette, penche la tête. Du coin de l’œil et avec un brin de méfiance il regarde la corbeille de fruits, tend l’oreille. Il a entendu parler…. Bizarre ! Il s’approche de la table à pas de loup.

–  Pfft, pfft, pfft, fait la poire, fous le camp, gamin. Tu me gênes ! Il n’y a rien à voir et surtout rien à manger. Je dois vivre encore. Selon la pomme je dois faire pousser mon cou pour me ressembler et pour lui prouver de quelle famille je me réclame. Le  Printemps manganèse est un illustre clan poirier et cela depuis 41 ans déjà. Mais cela, elle ne le sait pas, la pomme, elle est bien trop pomme.

Le gamin fait de gros yeux ronds. Qui parle ? Y aurait-il un ver dans ce fruit ? Parce qu’un fruit ne peut pas parler. Il n’aime pas les vers et préfère s’éloigner.

Le chat tigré roulé en boule sur le fauteuil Louis Toujours lève lascivement la tête. Son oreille fine a capté la conversation. Il s’étire, saute sur la table d’un bond feutré et renifle la poire.

– Oh non, soupire celle-ci, tu vas me faire tomber dans les pommes, tu pues. D’abord ce chenapan de gamin et maintenant le fauve ! Quelle maison. Pourquoi on ne m’a pas laissée sur mon pommier, j’y étais si bien.

– Tu vois ! Tu vois ! claironne la pomme sur un ton victorieux, tu t’ennuies de ton pommier. Je ne suis pas paumée, j’en déduis que t’es bien une pomme.

– Pfft, pfft, pfft, la poire fait une moue. Pauv’ pommelée ! Vas te faire cuire la tige ou mieux, vas te faire grignoter la frimousse. Ha ! voici Mickey qui rapplique.

A bout de bras le garçon prend la corbeille tout en regardant avec suspicion ses occupants, pommes ou pas pommes.

– J’arrive, maman, pour la salade de fruits.

Et pfft ! La poire tombe dans les pommes !

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Entre hier et aujourd’hui

Pendant trois semaines nous avons vécu à Chenini, au portes du désert, entre pierres et ciel, un pied dans le présent, l’autre dans le passé. Nous avons aussi pris un peu de temps pour visiter la région. Demain matin à l’aube Tunis Air nous ramènera à Genève

Le souk de Tataouine à 20 km. Ah! Les mandarines et les dattes n’ont rien à voir avec ce que l’on trouve chez nous.

Les collines des alentours

Le Ksar Soltane ou ont été tournés, tout comme à Chenini et dans d’autres sites de la region, des scènes du film « La Guerre des Étoiles ». Dans le film on parlait de la planète Tatooine.

 

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Chenini et les Ksour

Le ksar de plaine El Ferch

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Le ksar de crête Chenini

Le village de Chenini se situe à 20 km de Tataouine dans le Sud-Est de la Tunisie. Il appartient à la première génération des « ksour de crêtes » fondés avant le XIème siècle.

Le village est composé d’une superbe citadelle (le ksar) qui à 650 m surplombe quatre niveaux d’habitations troglodytes agencées en un magnifique amphithéâtre surréaliste. La pierre ocre se confond absolument avec la couleur de la montagne. De loin on pourrait croire à un château-mirage, tant la structure est naturelle.

Chenini est considéré comme le plus beau village berbère de toute l’Afrique du Nord qui demeure encore habité par 600 personnes logeant dans les grottes. Ils se dédient à l’agriculture. Il y a principalement la culture d’oliviers, de dattiers et de figuiers. Ils vivent également d’un peu d’élevage et de tissage. Ceci malgré la poussée irrésistible du modernisme et de l’exode qui chamboule cette région désertique.

En 2007 un couple de Tataouine a pris l’initiative d’y lancer une première résidence troglodyte dédiée au tourisme écologique et culturel avec une capacité de 40 lits, tous aménagés dans des grottes. Pour l’instant il n’y a pas d’autre lieu d’hébergement dans le village.

Les Ksour (greniers, singulier ksar)
(Extrait de « De Matmata à Tataouine, Ksour, Jessour et Troglodytes » par Hédi Ben Ouezdou)

La région de Tataouine se distingue par une particularité qui correspond à la présence de ksour. Ces édifices, marquant l’empreinte de l’homme dans le paysage, occupent des sites très diversifiés sur les crêtes, en montagne ou en plaine. Ils sont intimement liés à l’histoire du peuplement de ces régions et de leur évolution économique et sociale. Au ksar se rattache toute une civilisation rurale qui a marqué pour plusieurs siècles l’ensemble de la Tunisie du Sud-Est. Le ksar correspond en premier lieu à un grenier. Il s’agit d’un ensemble de cellules (ghorfa) disposées en un ou plusieurs étages et qui ouvrent toutes sur une place centrale. De l’extérieur, le mur, sans aucune ouverture à l’exception de la porte, se présente avec des hauteurs importantes pouvant attendre 10 m et évoque ainsi l’aspect de forteresse. Tous les ksour sont placés en intégration parfaite dans le milieu naturel et l’environnement de la région, en fonction de l’exploitation des possibilités offertes par le relief de la crête jusqu’à la plaine. Aucun ksar n’est implanté dans une zone inondable. Sur les crêtes, les ksour sont difficiles à détecter de loin puisqu’ils épousent la structure et la couleur du relief.

Le ksar est avant tout un grenier collectif. Il a toujours servi, à une seule ou un groupe de tribus, de lieu d’ensilage de produits agricoles résultant de l’activité économique des habitants de la région. Les objets de valeur ont été également placés dans des cachettes dans les ghorfas du ksar.

Les anciens habitants de ces régions ont été confrontés à la nécessité de stocker leurs réserves alimentaires afin d’affronter une succession d’années sèches. Le ksar offrait dans ce contexte un endroit idéal de stockage avec une architecture conçue dans cet objectif. Il permet de conserver, d’une façon écologique, les produits engrangés en bon état pendant une période allant jusqu’à sept ans.

Le ksar s’intégrait parfaitement dans un mode de vie fondé sur le semi-nomadisme qui nécessitait de placer les produits agricoles dans un endroit sûr sous la surveillance d’un gardien pendant les périodes d’absence. Ainsi le ksar a-t-il constitué à travers l’Histoire le meilleur moyen pour les populations locales de mettre leurs richesses à l’abri d’éventuels assaillants dans un régime tribal dans lequel les razzias étaient la règle.

Le ksar assurait également une autre fonction qui est celle de la vie sociale. C’était un lieu de rencontre et de transactions commerciales qui a évolué progressivement en place de marché surtout dans la plaine.

Les Ksour citadelle
Les Ksour citadelles, tels Chenini, occupent les sommets des buttes qui sont détachées de la surface du plateau. Il s’agit de buttes à versant raides et à sommets plats matérialisés par une couche de roche dure sous la forme d’un chapeau ou d’une couronne. Le ksar Citadelle domine, en le surplombant, le village avec des habitations troglodytiques et des huilerie souterraines. Les ksour citadelles sont les plus anciens.

 

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Les escaliers de Chenini

Tout se passe le long du flanc de montagne sur lequel le ksar (le grenier), aussi appellé la Citadelle qui ressemble de loin à un grand  vaisseau échoué sur une butte, domine le paysage de pierre ocre.