Le Père Noël et les Edelweiss

Vous connaissez le Père Noël sur son traîneau tiré par des rennes mais quand il va en Mongolie il voyage dans une carriole de fortune tirée par deux yaks et il dort dans des yourtes. Il mange du koushour, des beignets à la viande traditionnels, et il boit du thé au lait salé et de temps en temps un verre de lait de jument.

Il a beaucoup beaucoup de chemin à faire car la Mongolie n’a presque pas de routes, que des pistes, le pays est immense et très peu peuplé. Le père Noël est aujourd’hui dans le Terelj, au nord-est de la capitale Oulan Baator. Ici ce n’est pas de la steppe comme dans la plus grande partie du pays mais des collines douces où pointe de temps en temps un rocher solitaire. Le vaste paysage est couvert d’une mince couche de neige, il fait -17°C.

Le père Noël a visité un grand village et tous les yourtes dispersées alentours qui se trouvent assez éloignés les unes des autres. Ses deux yaks trottent tranquillement dans la neige et le père Noël se sent tout d’un coup submergé par une immense fatigue. Il n’y a pas de yourte en vue loin à la ronde.

– Ts ts ts ts ts ts ! Ses deux yaks s’arrêtent et il se laisse tomber dans la neige. Ses yeux se ferment tout seul.

– Sainou…. Sainou …. Il entend quelqu’un lui dire bonjour.

– Sainou …. Il ouvre un œil. Qui parle par là ? Il n’y a personne.

– Sainou père Noël … la petite voix est tout près de son oreille gauche. Il tourne la tête. La neige a disparu et la terre s’est couverte d’herbe saupoudrée par des centaines d’étoiles blanches presque argentées, au milieu cinq capitules jaunes entourés de points gris. Le père Noël cligne des yeux mais l’image ne change pas.

– Hahahaha… les petites têtes étoilées se balancent en rigolant. Nous t’avons bien eu, hein, petit père Noël ? Tu ne nous attendais pas, n’est-ce-pas ? Il ne faut pas t’endormir ici, il fait trop froid. Même que tu as un gros manteau, tu vas geler. Et tous les enfants mongoles qui attendent encore ta visite vont être très déçus si tu ne te montrais pas dans leurs yourtes.

– Sainou, sainou, mes petites … balbutie le père Noël. Mais c’est vous qui allez avoir froid, mes jolies petites étoiles. Ce n’est pas la saison pour vous. Je vous reconnais. Vous êtes des Edelweiss.

– Bien sûr, nous sommes des Edelweiss et il est vrai que le temps de Noël n’est pas notre saison. Nous faisons juste une exception pour toi. Un petit miracle pour t’avertir ….

– Et d’ailleurs, proteste le père Noël, vous n’êtes pas seulement hors saison mais aussi hors pays. Que faites-vous en Mongolie ? Votre pays est la Suisse…

– Bah, la Suisse, les Alpes ! La plus grande des Edelweiss fait la moue. On plaint nos pauvres cousins qui vivent là-bas! Ils sont tellement peu. Ils se cachent dans la caillasse, entre les galets et les pierres de la montagne et ils ont peur de se faire cueillir par des promeneurs. Non, ici on est bien mieux, plus à l’aise, ici on respire. Nous avons de l’espace et nous formons un peuple généreux. Regarde autour de toi ! Nous sommes des milliers.

– Oui, regarde! Susurre une étoile minuscule pendant qu’elle s’étire pour se faire plus grande. Rien que notre famille à nous, nous sommes dix sur une tige. Moi je suis la plus jeune, je m’appelle Nyamtsetsek et ma soeur ici est Enkhtuya. Puis il y a Baasanjav, Buyanjargal, Irtschik et Bolormaa…..

– Ah, mes chéries ! Vous êtes toutes très belles et très gentilles. Le père Noël bâille. Mais je suis tellement fatigué, laissez-moi dormir un petit moment. Après on pourra parler.

– Non, non, non, font-elles en chœur. Il fait trop froid. Tu vas geler en peu de temps. Lève-toi, petit père Noël.

– Si tu avances encore une heure dans cette direction, précise Irtschik en pointant un pétale vers l’est, tu trouveras la yourte de Mama Gengis. Tout le monde connaît Mama Gengis. Elle te préparera un fabuleux thé salé et des biscuits secs au yoghourt.

– Mais avant de partir, rétorque la plus jeune, tu nous fais un petit cadeau?

– S’il te plaît, lui chuchote la plus grande.

– S’il te plaît, imite Nyamtsetsek.

– Juste quelques bonbons, ajoute la mère, cela fera l’affaire. Elles sont modestes, mes filles. Merci beaucoup.

– Voilà, voilà, mes amies, j’allais oublier mon travail, soupire le père Noël en s’asseyant péniblement, puis il fouille dans son grand sac. Tenez, j’ai du chocolat Suisse qui vient de chez vos cousins lointains. C’est pour vous. Merci, vous m’avez probablement sauvé la vie. Je ne vous oublierai jamais et je reviendrai l’année prochaine. Au-revoir mes petites et ne prenez pas froid. Joyeux Noël, joyeux Noël!

Il remonte dans sa carriole et fait “hohoho”. Les yaks se remettent en route. Le père Noël fait un signe de la main aux Edelweiss qui se balancent avec joie en guise de remerciements avant de disparaître sous la neige.

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