Partir ou rester?

La Baie des Cochons   Avril 1961 – Le débarquement à la Baie des Cochons, invasion militaire de Cuba par des exilés cubains soutenus par les Etats-Unis. Environ 1’400 exilés cubains recrutés et entraînés aux États-Unis par la CIA  débarquaient dans le but de renverser le gouvernement de Fidel Castro. L’opération fut un échec complet.

 Playa Larga   Mars 2016 – Le village tranquille s’étire le long de la large plage de sable située sur la Baie des Cochons. La plage est très populaire et agréable. La flore et la faune de la région sont d’une grande richesse.

 Notre rêve   Après un mois dans un appartement exigu à la Havane nous n’avons qu’une envie: Une chambre avec vue au bord de la mer.

La révolution   Des petites maisons plus ou moins entretenues. Beaucoup ont le signe de la « casa particular » sorte de chambre d’hôte. Les chambres côté mer sont toutes prises. De l’autre côté de la route en terre battue il y a une deuxième rangée de petites maisons simples, entrecoupées de temps en temps par un terrain vague ou un semblant de chantier. L’éternel signe du genre « Révolution  – liberté, égalité, sécurité» ne manque pas. Cela fait cinquante six ans. Ne pourrait-on pas rayer le R de révolution ?

Casa Bertica   Quatre vieilles chaises à bascule sur la petite place d’entrée qui n’est pas vraiment une terrasse. La porte de la maison est grande ouverte. Deux jeunes Allemands boivent une bière, discutent et rient. Y a-t-il encore de la place? – Oui! La casa compte deux chambres d’hôte.

Déception   La petite chambre est sombre. Un lit, un néon au plafond, une étagère, un ventilateur, devant la seule fenêtre un rideau en polyester bleu azur. Le même bleu azur recouvre le grand lit. Cela ne remplace pas le bleu de la mer des Caraïbes. Il est déjà tard et nous décidons de rester, un peu à contrecœur:   “mais pour une nuit seulement”.

Bertica   La peau basanée  le visage rond, les yeux rieurs, un T-shirt jaune citron qui moule sa poitrine impressionnante, des leggings tendus sur les cuisses bien bondées, Bertica ouvre les bras et nous embrasse. Elle respire la bonté, la générosité et la joie de vivre. La trentenaire, une boule d’énergie, est laborantine.

Noël   Grand et plutôt mince, la mine béate, il écoute tranquillement bavarder sa Bertica et place un mot de temps en temps, en espagnol évidemment. « Je vais prendre des cours d’anglais . » Noël est ingénieur agronome.

Le dîner   Le soir Bertica et Noël se muent en employés d’hôtel : jupe et pantalon noir, blouse et chemise blanche, petit gilet noir. Cela donne une certaine classe au service !D’abord une soupe, puis des bananes rôties. En plat principal une langouste avec riz et légumes. (Un de leurs amis est pêcheur. Aha !) Excellent le tout. On se régale.

On se sent bien   La pièce sert d’entrée, salon et salle à manger. La porte qui mène sur la rue est fermée à cause des moustiques. Le ventilateur vrombit. Au milieu une grande table, comme à la maison. Avec le jeune couple qui occupe l’autre chambre nous sommes quatre et avec les propriétaires on mélange l’allemand à l’espagnol et au français. Causeries, discussions et rires. On se sent bien.

La vie difficile   Chaque Cubain vous le dira. Le salaire moyen est de 40 à 50 Euro par mois, ce qui est absolument insuffisant. Beaucoup de Cubains ont deux ou trois jobs. Bertica et Noël ont décidé d’abandonner leur profession et de se consacrer au tourisme. Ils ont le charisme et le charme tout adéquat. Il y a deux ans ils ont commencé avec une chambre, un drap, une couverture, deux assiettes, deux tasses et deux verres. La chambre coûte 20 Euros la nuit et ils payent 20 % d’impôt. Ils économisent chaque peso et aujourd’hui ils ont plein de projets : peindre la façade, construire devant leur maison une vraie terrasse avec une pergola. Ajouter des salles d’eau privatives. Agrandir la cuisine. Cela prendra quelques années.

La soirée   Noël a aligné une dizaine de bouteilles. Il n’y a pas que du rhum ! Il suit un cours de barman et s’entraine avec ses hôtes à la maison. Un Mojito ou une Piñacolada ? Un Marguerita ou un Daiquiri ? Va pour le Mojito. On sort tous sur la pseudo-terrasse. Il n’y a plus de moustiques. L’air est frais et agréable. On se laisse aller aux rêveries. Les chaises à bascule nous font tanguer. Un groupe de cinq musiciens passe, celui avec la guitare joue trois mesures, nous lance un  « vienes bailar » avec un rire sonore.

Guantanamera   Les musiciens s’installent devant une casa voisine. Le propriétaire les a invités à jouer et bientôt les rythmes allant de la salsa à la rumba inondent la nuit.Un guïra, sorte de râcloir en forme de cône, les maracas, les claves, les congas, une ou deux guitares. Avec Bertica et Noël nous les rejoignons, dansons dans la rue éclairée par la pleine lune et une petite loupiote. Noël me montre quelques pas de salsa. Je lui marche sur le pied. Rire. Guantanamera ne manque jamais dans le programme des musiciens de rue.

Le petit déjeuner   Le lendemain matin : « puisque vous rêvez d’être au bord de la mer » Bertica nous sert le petit déjeuner sur la plage en traversant le jardin des voisins. Elle amène une table, une nappe, deux  chaises, un mini vase avec une fleur et un parasol. La mer caresse paresseusement le sable blond.  Un chien passe par là et nous regarde. Un oiseau chante. Le café est délicieux et accompagné de pain, fruits frais, omelette et pancakes. Nos cœurs battent au rythme des vaguelettes. Nous sommes aux anges.

Partir ou rester ?   Nous restons quatre jours. La gentillesse et l’accueil chaleureux de ce couple compensent largement le fait de ne pas avoir une vue imprenable sur la mer.

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