Mademoiselle β, simplement unique

Depuis plus de 700 ans j’ai traversé l’histoire, la littérature, la poésie, les journaux les manifestes, lettres et autres romans à l’eau de rose. J’ai connu des rois et des empereurs. J’ai côtoyé des poètes, Goethe, Schiller, Eichendorff (tous des « von » tous des aristos), Heine, Mann et Brecht. Les philosophes Kant et Nietzsche étaient des amis très proches. Dans les contemporains j’aime Patrick Süskind. Un grand amateur de la France. Ah, Le Parfum ! Quel régal ! Quelle maîtrise de la langue. Même la traduction française est excellente, bien que je n’y figure pas. Sans en avoir la preuve, je suspecte Süskind qu’il me portait dans son patronyme avant de me remplacer par un s. Compréhensible, pour se faire traduire et exporter c’est plus aisé. Magnanime, je ne lui en veux pas. Je suis toujours restée humble et discrète, ne revendiquant même pas la majuscule. Je ne suis pas bicamérale comme les autres membres de l’alphabète latin, pour la simple raison que je ne me précipite jamais au début d’un mot. Nommez-moi une autre lettre si modeste.

Oh pardon, mon enthousiasme m’emporte et j’ai omis de me présenter: mademoiselle β, allemande. J’espère vivement que votre clavier me reconnaît.

Au cours d’une modernisation de l’orthographe, dans le souci légitime de faciliter la tâche aux gamins d’aujourd’hui qui ont mille autres choses en tête, on a essayé de me mettre à la poubelle. Supprimer ! Eliminer ! – Raté! Je suis toujours là, toujours aussi jeune et élancée. J’en suis fière car je suis véritablement une particularité de la langue allemande. Pas en Suisse, j’en conviens. Les Suisses m’ont expulsée au début du 20ème siècle. Leur drôle de langue (une maladie de la gorge, si vous me passez l’expression) n’a pas de place pour moi.

Et vous ne me connaissez pas non plus ? Comment ça ? Ah, oui vous lisez la langue de Voltaire. Non, je ne suis pas un B majuscule, ni un beta minuscule. Je suis β et je me trouve jolie, sexy avec mes courbes et harmonieuse comme la clef de sol. Vous pensez que j’exagère un peu? Savez-vous qu’on m’appelle es-zett, s pointu, s double, z arrondi ou même sac à dos? Tout un pedigree ! Un b est un banal b, un f un fichu f ! Moi, selon la région de l’Allemagne ou de l’Autriche (car les Autrichiens plus cultivés que leurs voisins alpins travaillent avec moi) j’ai au moins cinq noms. Mais rassurez-vous, je ne suis pas arrogante, ni orgueilleuse. Simplement unique!

Née au 13ème siècle, j’ai enrichi la langue allemande. A l’époque quand le génial Johannes Gutenberg a inventé les caractères mobiles pour l’imprimerie typographique. Je suis le fruit de la liaison s et z selon certains, de la liaison f et s selon d’autres ou encore f et z. Je ne m’en souviens plus et les coryphées de l’orthographe n’arrivent pas à s’accorder.

Alors chut ! Gardons le mystère. J’adore le mystère !

ßur ßela, je vous salue (et me plaße exceptionnellement au premier rang)

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